Ce bourdon (note constante ou tonique), émis soit d’un instrument comme la Tambura ou simplement perçu à l’intérieur de soi même comme le son AUM, est le point de repère constant dont le musicien indien ne saurait se passer.
La plupart des instruments à cordes occidentaux accordés selon la gamme tempérée ne produisent pas une sonorité harmonieuse lorsque toutes les cordes vibrent simultanément. Par contre les instruments à cordes indiens, généralement accordés en quintes et en quartes, créent une sonorité agréable et harmonieuse.
Ces quelques principes de base de la musique indienne ont été pour moi, pendant des années, indispensables à ma formation et à ma créativité même si la musique que je joue et compose n’est pas particulièrement traditionnelle.
Ma guitare
Il y a environ vingt cinq ans, quand tout ce qui était indien suscitait mon enthousiasme et mon admiration, je découvris d’abord la musique carnatique (de l’Inde du Sud) à travers la Veena et ensuite la musique hindoustani à travers le sarode. J’ai beaucoup aimé jouer de ces instruments sensationnels; toutefois je revenais souvent à la guitare, mon premier instrument, en m’interrogeant sur la possibilité de jouer de la musique indienne de façon authentique sur ma guitare La réponse s’affirma progressivement, au fil des années : pourquoi pas ? Certainement ! Mais en y apportant toutefois des modifications importantes.
C’est ainsi que les choses évoluèrent. Après plusieurs tentatives, je découvris une méthode qui me sembla évidente rétrospectivement, consistant à accorder la guitare en quintes ascendantes do sol, do sol, sol-sol.
Par la suite on en vint à la modification radicale du manche, ce que l’on appelle en termes techniques: « chantournement », méthode qui consiste à découper le bois entre les frettes dans le but d’éviter tout contact direct avec le bois du manche lorsque les doigts s’appuient sur les cordes. On peut ainsi tendre les cordes avec plus de facilité surtout lorsque l’action sur les cordes est intense et que les cordes sont de préférence épaisses et bien tendues. Ainsi, à la fin des années 70, John McLaughlin avait déjà adapté l’une de ses guitares et il s’en est servi lorsqu’il a enregistré trois albums avec son groupe « Shakti ». Ces albums devinrent peu après des jalons de la musique « fusion » Indian-Jazz des années 70.
Ce sont les frettes mobiles qui ont donné à ma guitare sa singularité. C’est en travaillant sur la création d’un tout nouveau manche pour ma guitare folk américaine fabriquée dans les années cinquante que j’avais choisi pour sa tonalité profonde et riche que me vint à l’esprit cette idée : comment rendre les frettes ajustables comme celles d’un Sitar afin de reproduire avec justesse les micro tons des modes indiens et aussi pouvoir jouer simultanément des accords correspondant à ces modes ?
Ayant acquis une certaine expérience dans le travail du bois, et avec un ami qui avait reçu une formation pratique de luthier, j’ai mis en oeuvre ce projet singulier. Avec l’aide d’un menuisier du coin, ça a finalement marché. Au cours de ce travail, nous avons même réussi à évider le manche. A la suite d’une période d’essai et quelques ajustements, satisfait du résultat, j’ai aussi creusé le bois entre les frettes en suivant un profil arrondi et parvint ainsi à le chantourner.
Quelques années plus tard, j’y ai ajouté deux petites cordes ( Chikari ) utilisées pour la rythmique, accordées en do et sol, comme pour le Sitar, le Sarod ou la Veena
En ce qui concerne l’étymologie du mot guitare, la syllabe “guit” signifie chant en sanskrit. Quant à la syllabe “tar” bien que souvent attribuée à l’ancien grec, elle est en fait, à l’origine, issue du sanskrit; à titre d’exemple ektar signifie une corde et sitar plusieurs cordes. Voilà donc une brève description de mon instrument surnommé Guit-Tar.
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